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Business Portugal

Quitter la France pour le Portugal : ce qui change pour votre entreprise (2026)

Publié le Mis à jour le

Audrey Marques

Consultante en implantation & création d'entreprise au Portugal

Fondatrice de Business Portugal, Audrey accompagne les entrepreneurs francophones dans la création de leur société au Portugal et l'ouverture de leur compte bancaire. Elle coordonne un réseau de partenaires (comptable, fiscaliste) et oriente vers les bons interlocuteurs, elle n'est ni comptable, ni fiscaliste, ni avocate.

Quitter la France pour le Portugal, ce n'est pas changer une adresse de siège : c'est déplacer le centre réel d'une vie et d'une activité. Tant que le déménagement reste théorique, rien ne bascule vraiment, et le risque demeure côté français. Quand il devient réel, on y vit, on y dirige, on y travaille, l'entreprise change de monde fiscal et social. Cet article fait le tour de ce qui change concrètement, et de ce qu'il faut regarder avant de partir. Il est informatif et ne remplace pas l'analyse d'un fiscaliste sur votre situation.

Le déclencheur : déménager vraiment, pas seulement déplacer un siège

Le point de départ n'est pas la création d'une société portugaise, mais le transfert effectif de votre résidence et de la direction de votre activité. La résidence fiscale française ne se résume pas à « moins de 183 jours en France » : l'article 4 B du Code général des impôts retient le foyer ou le lieu de séjour principal, le lieu de l'activité professionnelle principale et le centre des intérêts économiques. Garder l'un de ces ancrages en France, c'est risquer d'y rester imposable, quelle que soit l'adresse de votre société.

La différence est nette entre déménager réellement, on s'installe, on dirige depuis le Portugal, on y a sa substance, et garder son centre de vie en France tout en immatriculant une coquille à Lisbonne. Le second cas n'apporte pas la sécurité recherchée : une société portugaise dirigée depuis la France relève en principe d'un siège de direction effective ou d'un établissement stable, et redevient imposable en France. La substance prime sur le siège. Le Portugal n'a de sens que si l'on s'y installe vraiment.

Ce qui change pour l'entreprise : IRC, IVA, Segurança Social

Une fois l'activité réellement portée par une structure portugaise, Unipessoal Lda pour un associé unique, Lda à partir de deux associés, capital social légal de 1 € par associé, le cadre fiscal et social bascule côté portugais. Les bénéfices relèvent de l'IRC, l'impôt sur les sociétés, à 19 % au taux standard sur le continent, avec un taux réduit de 15 % pour les PME sur les premiers 50 000 € de bénéfice. Le NIPC, numéro fiscal de la société, est attribué à l'immatriculation, à ne pas confondre avec le NIF du particulier, obtenu en amont.

Côté taxes sur le chiffre d'affaires, on passe de la TVA française à l'IVA portugaise, taux standard de 23 %, avec des taux réduits ciblés. Pour le Portugal, on parle d'IVA, jamais de « TVA ». Le dirigeant qui s'installe et travaille au Portugal s'inscrit à la Segurança Social, le régime social portugais, dont les cotisations et les modalités diffèrent du régime français. Ces obligations déclaratives et comptables sont réglementées : une fois la société créée, la comptabilité est tenue par un Contabilista Certificado partenaire.

Et pour le dirigeant : IRS et la question de l'IFICI

Devenu résident fiscal portugais, le dirigeant relève de l'IRS, l'impôt portugais sur le revenu des personnes physiques, pour sa rémunération et ses autres revenus. L'arbitrage entre rémunération et dividendes, qui dépend de votre situation et de la convention France-Portugal, signée le 14 janvier 1971, en vigueur depuis le 18 novembre 1972 et modifiée par l'avenant du 25 août 2016, doit se poser avec un professionnel, jamais sur un schéma tout fait.

L'IFICI, qui a remplacé l'ancien régime des résidents non habituels (RNH), est régulièrement présenté comme l'argument décisif. Il faut le cadrer : c'est un régime ciblé, réservé à des profils actifs qualifiés, qui exclut les retraités et suppose une reconnaissance préalable de l'activité par l'autorité compétente. Il n'est jamais automatique, et beaucoup de freelances ou d'e-commerçants n'y sont pas éligibles. L'IFICI peut être un atout réel pour ceux qui y entrent, mais il ne se présume pas : l'éligibilité s'apprécie au cas par cas avec un fiscaliste.

À anticiper avant le départ : l'exit tax et le risque résiduel français

Certains sujets se traitent avant de partir, pas après. L'exit tax, prévue à l'article 167 bis du CGI, peut concerner les plus-values latentes sur des participations importantes au moment du transfert de domicile hors de France, avec, sous conditions, un sursis de paiement pour un départ vers l'Union européenne ou l'Espace économique européen. C'est un point à cartographier en amont avec un fiscaliste, car il conditionne le calendrier et le coût réel du départ.

Au-delà, le droit français dispose de mécanismes anti-abus : l'article 209 B vise certaines sociétés étrangères contrôlées, et l'article 123 bis la personne physique détenant au moins 10 % d'une entité étrangère à actif principalement financier soumise à un régime fiscal privilégié, au sens de l'article 238 A. Ce régime privilégié correspond à une imposition inférieure d'au moins 40 % à l'impôt français ; or l'IRC portugais de droit commun n'est en principe pas privilégié, ce qui reste à apprécier au cas par cas. La logique d'ensemble est simple : pour qui reste résident de son pays, le vrai risque se situe dans le pays de résidence, pas au Portugal.

Construire un départ qui tient

Un transfert solide se prépare dans l'ordre : sécuriser la résidence et la substance, choisir la structure portugaise adaptée, NIF puis immatriculation et NIPC, inscription à la Segurança Social, mise en place de l'IRC et de l'IVA, puis examen de l'IRS du dirigeant et de l'éligibilité IFICI. Chaque brique se documente, car c'est la cohérence de l'ensemble qui protège, pas une adresse.

Depuis 2025, plus de 75 entrepreneurs ont été accompagnés dans cette démarche. Le rôle de Business Portugal est de coordonner ce déroulé et de vous mettre en relation avec les bons partenaires, un Contabilista Certificado pour la comptabilité, un fiscaliste pour les arbitrages, l'exit tax et l'IFICI. Si vous envisagez de franchir le pas, le bon point de départ est d'examiner votre situation réelle avant de fixer quoi que ce soit.

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